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	<title>Histoires de nature</title>
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	<description>Le blog de Madeleine Pesson</description>
	<pubDate>Fri, 05 Feb 2010 16:42:29 +0000</pubDate>
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		<title>La noire consolante</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Feb 2010 15:31:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[1 à ma porte 
Au sortir de l&#8217;hiver, entre les lauzes disjointes du seuil, pas loin de l&#8217;endroit où je pose ma tête, un étrange chardon sans épines a installé sa rosette d&#8217;un vert glauque, aux feuilles profondément échancrées, molles, velues, barbues, aux longs poils collants, une plante animal que l&#8217;on n&#8217;ose identifier.
Bientôt, avant toutes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>1 à ma porte </p>
<p>Au sortir de l&#8217;hiver, entre les lauzes disjointes du seuil, pas loin de l&#8217;endroit où je pose ma tête, un étrange chardon sans épines a installé sa rosette d&#8217;un vert glauque, aux feuilles profondément échancrées, molles, velues, barbues, aux longs poils collants, une plante animal que l&#8217;on n&#8217;ose identifier.<br />
Bientôt, avant toutes les autres, au milieu des précoces pissenlits, soleils éclatants et plantureux, elle a ouvert son visage au teint pâle, d&#8217;un jaune livide, (je ne dirais pas maladif, ni sale), penché, fermé, buté, sa gueule oblique d&#8217;utriculaire avide de proies.<br />
Le monde innocent autour d&#8217;elle perdure : les blocs de tuf poreux ont dévalé la montagne, la belle-dame arrivée d&#8217;Afrique s&#8217;y égare et la calotte de bure des moinillons émerge d&#8217;une grosse touffe de silène enflé.<br />
Le clocher de pierre légère pointe en contrebas du talus et monte sur le fond de sombres forêts et de sommets arides, embrassant à son pied le jardin des anciens depuis mille ans ensommeillés.<br />
C&#8217;est peut-être de là que le vent aura apporté sa graine. Combien de temps parmi eux a-t-elle dormi ? Car elle aime les décombres, les restes de vies ruinées, &#8220;la vilaine herbe&#8221; qui croît &#8220;aux plus sinistres lieux, isolés, mal famés&#8221;, associés à la masure de la sorcière maudite.<br />
Pourtant, dans mon enfance, le mot &#8220;décombres&#8221; est un sésame magique, profond comme un abîme; s&#8217;écroulant comme un mur antique, un souterrain oublié qui s&#8217;ouvre sous les pas, libérant la poussière d&#8217;un trésor.<br />
Ma maison natale, rue du four banal, côtoyait le vide, la ruine d&#8217;un four médiéval disparu, muraille écroulée de château-fort menaçant, mais, montant de l&#8217;habitation, un escalier rongé donnait accès à un enchevêtrement de greniers aux carreaux branlants, repaire de rêveries, bourrés de journaux jaunis, d&#8217;objets insolites de la manufacture de Saint-Etienne, de poupées de cuir sans bras aux visages de porcelaine fardée, de taffetas fanés, et que j&#8217;ai toujours entendu nommer, entre crainte et émerveillement, &#8220;les décombres&#8221;.</p>
<p>2 sous la loupe</p>
<p>La visiteuse parle d&#8217;un monde ancien. Mais je ne l&#8217;ai connue que bien plus tard, belle rencontre à un carrefour pierreux, où d&#8217;ailleurs elle n&#8217;est jamais revenue. Espèce rudérale évoquant  les plâtras, les moellons, les gravats, elle se plaît aux lieux hantés par l&#8217;homme, les friches, les bergeries, les tas d&#8217;ordures, où elle recueille pour en faire sa vie l&#8217;azote que nous abandonnons.<br />
Je m&#8217;approcherai d&#8217;elle avec vénération. C&#8217;est une géante aux courbes douces. Ses sept rameaux arqués, Cerbère gardant l&#8217;entrée des Enfers, se chargent sans cesse de nouvelles fleurs quand celles du bas se flétrissent sur la capsule déjà formée.<br />
Une loupe la maintiendra à distance, et je bloquerai ma respiration de peur d&#8217;inhaler le poison caché dans toute sa personne.<br />
Vers les quatre horizons elle tend ses lèvres ouvertes: un réseau de fins capillaires court sous la peau de ses lobes, une dentelle de dendrites faussement noires, trompeusement rougeâtres, conduit au fond de la gorge sombre comme un abîme, une bouche de volcan, un maelstrom, &#8220;l&#8217;oeil du diable&#8221;, où se dressent un pistil orange et des étamines au double pavois jaune et noirâtre.<br />
Dieu me garde de la tentation de plonger au fond de cette gueule noire pour un voyage sans retour vers l&#8217;inconnu.<br />
Sa racine, je l&#8217;imagine puissante, profonde, noueuse, une vraie mandragore. Je n&#8217;oserai l&#8217;arracher de peur de l&#8217;entendre crier.<br />
Ocre, vrai buisson saharien, elle survit aux sécheresses de l&#8217;été. Elle balance ses longues hampes crochues comme l&#8217;épine dorsale calcinée d&#8217;une carcasse abandonnée. Sous les feuilles racornies s&#8217;aligne toute une rangée de grelots : cinq pointes acérées en défendent l&#8217;entrée. Le réseau de veinules s&#8217;est durci en tissu ajouré, la gousse rebondie en calebasse velue qui recèle en son fond deux carpelles séparés par une mince cloison, deux petites outres de graines vermiculées et jaunâtres, paquets de noeuds serrés à fort relief, coffret à poison dur comme un coquillage, boîte secrète au couvercle mamelonné qui s&#8217;ouvre à deux battants, comme les rabats d&#8217;un panier de marché d&#8217;une paysanne de l&#8217;ancien temps.<br />
&#8220;Dé à coudre&#8221;, salière&#8221;, &#8220;tabatière de chat&#8221;, dit le langage des campagnes.</p>
<p>Je la connais, je l&#8217;ai apprivoisée.<br />
Bien vivante, sans crainte, je m&#8217;approcherai d&#8217;elle.<br />
Comme de la saveur du malheur, de la lumière de l&#8217;absence, du mystère de la mort.</p>
<p>3 la solanée<br />
Le trio infernal de belles magiciennes qu&#8217;elle forme avec le datura stramoine et la belladone a suivi l&#8217;humanité dans ses aventures, tentant d&#8217;améliorer sa dure condition. Elles furent les solanérs, les consolantes, pour plus d&#8217;un manant aux prises avec une rage de dents.<br />
Par la règle d&#8217;analogie, son aspect maléfique faisait supposer chez elle une activité efficace quoique redoutable.A petites doses, elle apaise, endort . En chapelet sa racine calme les coliques des nourrissons. Grâce à elle les malandrins rançonnent leurs victimes engourdies. Mais son jus maudit, dépassant le licite, versé dans une oreille, prive de vie un &#8220;homme sommeillant dans son verger&#8221;. Elle envenime la pointe d&#8217;une lance gauloise et, contre l&#8217;envahisseur, les Touaregs en empoisonnent l&#8217;eau de leurs puits.<br />
Elle tue les poules, mais les porcs en raffolent; Peut-être transformait-elle les hommes en pourceaux, comme le fit Circé des compagnons d&#8217;Ulysse, à une époque où n&#8217;existait pas encore la barrière arrogante entre l&#8217;animal et l&#8217;homme. Peut-être, en proie aux hallucinations dues à ses alcaloïdes puissants, les hommes se croyant pourceaux, en adoptaient-ils le comportement?<br />
Prêtresse de Delphes, chamans, Moïse lui-même, ont-ils usé de ses dons de métamorphose et de prophétie?<br />
La simple sorcière du village, la femme experte en plantes, a enduit d&#8217;un peu d&#8217;onguent magique la peau fine au plus intime de son ventre. Pupilles dilatées, chevauchant une branche, elle croit voler et s&#8217;en va au rendez-vous du diable, rejoindre le sabbat des sorciers, la-haut, au ravin de Ruine Blanche, à une lieue du clocher de pierre légère.<br />
Elle, la maudite, exclue de la communauté, qu&#8217;on vient chercher en secret pour soulager les souffrances, tient sa revanche :<br />
        &#8220;Brindillou, brindillas,<br />
         A Pra Patri me porteras&#8221;</p>
<p>4 magie noire<br />
Hyoscyamus niger, un nom d&#8217;homme alors qu&#8217;elle a tout d&#8217;une femme !<br />
la dissimulation d&#8217;Eve<br />
la tendresse maternelle qui fait oublier la douleur<br />
la passion pour celui qu&#8217;elle aime jusque dans le coup mortel.<br />
Cette ambivalence du poison qui est aussi bien la potion se retrouve dans les noms que lui a donnés le peuple :<br />
elle est fève du loup, fève du porc, herbe de chien, fève et fée des métamorphoses. Tantôt complice du mal, herba des brigans, erbo de mouer, tantôt auxiliaire du bien, belenion, panacée du dieu gaulois guérisseur Belenos, ou herbe de sainte Apolline.<br />
Mort aux oyes, mais aussi herbe aux chevaux à qui elle donne ardeur et allure fringante qui les font vendre meilleur prix à la foire par les maquignons.</p>
<p>Visqueuse, vireuse jusquiame, amer jus de dictame, doucereuse belle dame, que murmures-tu à mon âme ?<br />
Projetez mes graines sur une pelle rougie et aspirez la vapeur produite: dans la salive rejetée sur les charbons , vous verrez les petits vers noirons qui rongeaient vos dents expulsés de votre bouche.<br />
La veille de la saint-Jean, mêlez la ciguë, l&#8217;aconit, la belladone et la jusquiame. Faites bouillir longuement avec la graisse fine d&#8217;agneau et la propolis des abeilles. Que les douces compagnes, le délicat capillaire des vieux puits, la grande fougère osmonde qui aime le bord des ruisseaux, la joubarbe protectrice des foudres et la verveine vénérée des Gaulois tempèrent mes puissants poisons.  Et je ferai de vous des dieux! </p>
<p>Mystérieuse visiteuse, venue non sans raison à ma porte, ta proximité me rassure. Quand bien même je n&#8217;userais pas de tes charmes,  je me dis, nouvelle sorcière, que j&#8217;ai là, sous la main, de quoi envoyer &#8220;ad patres&#8221; tous mes ennemis ! </p>
<p>5 la messagère<br />
Pour venir si près de ma tête endormie, qu&#8217;as-tu donc à me dire?<br />
Pourquoi as-tu franchi les portes du monde souterrain?<br />
Où réapparaîtras-tu ?Au bout de quel sommeil? M&#8217;apportant un nouveau message d&#8217;un au-delà?<br />
Déjà, au fond du jardin, tu te caches sous la forme d&#8217;une jeunette au duvet de poussin. Et, n&#8217;est-ce pas étrange, c&#8217;est précisément sous elle que les archéologues viennent de découvrir les modestes charbons du campement des premiers habitants, leurs forges, leurs nécropoles.<br />
Tu me rediras que le temps n&#8217;existe pas,<br />
que les mondes communiquent,<br />
celui d&#8217;en haut, celui d&#8217;en bas.<br />
Tu m&#8217;apprendras que la pensée s&#8217;envole,<br />
qu&#8217;on peut s&#8217;enivrer de désir,<br />
que la renaissance est imprévisible.</p>
<p>Le poète René Char raconte un souvenir de résistance. Sur le plateau de Valensole, obligé de déloger un noyer séculaire pour faire se poser des avions alliés, il trouve, au bout de la racine majeure, les ossements d&#8217;un guerrier dans son armure : il avait une noix dans sa poche à la hauteur de son fémur et elle avait poussé dans la tombe.</p>
<p>Dans le village de C. les graines de jusquiame passaient pour écarter les mites. Les défunts étaient enterrés dans leurs vêtements du dimanche aux poches pleines de graines. Voilà qu&#8217;un léger tremblement de terre, ils sont fréquents ici, détourne une source, ébranle les tombes qui se recouvrent de jusquiames devenant alors comme le mode d&#8217;expression des morts.<br />
L&#8217;événement, consigné dans les registres de paroisse, est depuis longtemps oublié. Mais sur une tombe de l&#8217;antique cimetière, à quelques toises de ma jusquiame, sa vigoureuse soeur a été épargnée par la pioche et le désherbant de l&#8217;employé municipal, mu par un respect de la propriété d&#8217;autrui, ou par un reste de crainte devant  le sacré. Sur le carré de terre sans dalle, comme c&#8217;est l&#8217;usage ici, elle s&#8217;étale et en est l&#8217;unique ornement.<br />
&#8220;C&#8217;est une tombe des gens d&#8217;A. (le village de l&#8217;autre côté du col). Ce sont eux qui ont apporté la plante. Elle n&#8217;est pas d&#8217;ici&#8221;.</p>
<p>Bien sûr qu&#8217;elle vient d&#8217;ailleurs&#8230;</p>
<p>Ceillac. août 2009</p>
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		<title>voyage d&#8217;hiver</title>
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		<pubDate>Fri, 25 Dec 2009 15:47:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[1 Le voyageur
Entre les arbres noirs et les chapelles grises, le voyageur léger et solitaire avance sur le chemin de neige, enfonçant dans le sol gelé la pointe de son bâton ferré.
Il porte la cape sombre du berger, ou le long manteau du colporteur, parfois la veste fourrée du trappeur glissant sur la trace du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>1 Le voyageur</p>
<p>Entre les arbres noirs et les chapelles grises, le voyageur léger et solitaire avance sur le chemin de neige, enfonçant dans le sol gelé la pointe de son bâton ferré.<br />
Il porte la cape sombre du berger, ou le long manteau du colporteur, parfois la veste fourrée du trappeur glissant sur la trace du sauvage.<br />
Il marche sans repos, cherchant le repos, toujours plus loin, toujours plus loin&#8230;</p>
<p>2 L&#8217;entrée dans l&#8217;hiver<br />
Le rideau de la nuit est tombé tôt, brutal, par surprise, en ce temps de décembre. La pleine lune monte sur les pentes et perce les ramures de la forêt d&#8217;un feu pâle. Les nuages s&#8217;effilochent en fumée bleue, avalée par le gouffre obscur.<br />
Bientôt le géant Orion s&#8217;allongera sur les cimes dans l&#8217;étincellement de son armure et de son baudrier, l&#8217;éclat vert du chien Sirius à ses pieds.<br />
Né à l&#8217;orient doré, tout le jour le soleil bas a cheminé le long des crêtes, et s&#8217;est noyé dans la vallée rougeoyante, englouti par la noire paroi.<br />
Du jour au lendemain, il a fallu se passer des couleurs de l&#8217;automne, des restes de l&#8217;été. Les aiguilles rousses, noirâtres, gisent dans les clairières au pied des mélèzes. On cherche en vain une herbe verte, une fleur colorée dans un univers où se nuancent les gris de toutes les cendres.<br />
Tout est enseveli dans l&#8217;infini d&#8217;une banquise uniforme et sans vie. Un enchantement a frappé le royaume endormi.<br />
L&#8217;oeil se rassure d&#8217;une brindille arrachée, d&#8217;un lichen envolé fiché dans le cristal, et parfois, posée sur le chemin tout blanc, l&#8217;offrande apportée par la bourrasque d&#8217;une fragile ombelle.<br />
Sous les rafales, les bras tendus en oraison, le chandelier desséché de la molène est saisi de tremblements. la feuille de la ronce et de la prunelle, tourmentée par le vent; recroquevillée, lutte avant de se confier au sol glacé. Seule, sur un rameau d&#8217;églantier, la houppette rougeâtre du cynips chevelu semble une rose attardée.<br />
La terre dérive loin du soleil, et l&#8217;âme implore devant les ténèbres maléfiques :<br />
&#8220;Quelques heures encore, que nous soit conservée la lumière du jour, hors du séjour infernal et de la nuit polaire des Hyperboréens. Encore un instant à voir la beauté du monde ! &#8221;</p>
<p>3 La solitude glacée<br />
Sur la chair chaude du vivant le froid a resserré sa griffe. Toutes les familles des mésanges affluent à la maison de la mangeoire. L&#8217;églantier se couvre, comme de cenelles nouvelles  des taches d&#8217;encre des petits compagnons. Une niverolle isolée pioche dans la rare flaque de terre découverte. Pour le casse-noix blessé, amaigri, un bec puissant n&#8217;est plus d&#8217;aucun secours pour aller chercher au fond du trop long tunnel les précieuses graines de cembro.<br />
Pattes gainées de neige jusqu&#8217;au ventre, les chevreuils cherchent en vain quelques touffes d&#8217;herbe jaune. Dans la tourmente, les bouquetins incrustés de cristaux fouillent de leur sabot le dos bossu de la crête ventée.<br />
Et là-haut, au creux du col, dans un vol tournoyant de corneilles criardes, le grand corbeau guide vers la carcasse secrète du cervidé surpris par l&#8217;avalanche.</p>
<p>Le voyageur marche sans but, sans fin. La croûte de neige crisse sous le fer du bâton et sous les semelles crantées craque la glace.<br />
&#8220;Etranger je suis venu, étranger je repars.&#8221;<br />
La vie n&#8217;a pas tenu ses promesses, et depuis longtemps on ne toque plus à la porte. Malheureux celui qui ne connaît que les durs angles de la vie, qui n&#8217;a pas sa main dans la courbe chaude d&#8217;une main ni dans la fourrure soyeuse d&#8217;un chien.</p>
<p>4 L&#8217;enfance<br />
Tout voyageur fut un enfant émerveillé dans la compagnie des choses et des noëls anciens. Dans la salle aux odeurs d&#8217;encre violette, le haut poêle rond de l&#8217;école ronfle, avaleur de rondins tisonnés ardemment. Une ribambelle de galoches sèche à son pied et, préparant la fête, des enfants chantent dans une danse rassurante,<br />
&#8220;Pour avoir bien chaud<br />
Frappons nos sabots&#8230;&#8221;<br />
en chaussettes de laine bise tricotées à la lumière douce de la lampe à pétrole, pendant l&#8217;odorante cuisson du gâteau roulé en forme de bûche.</p>
<p>Au fil du conte se disent les trois couleurs de l&#8217;hiver ; l&#8217;enfant sera blanche comme la neige, vermeille comme le sang, noire de cheveux comme le bois d&#8217;ébène.</p>
<p>5 Le village hostile<br />
Guidé par l&#8217;étoile qui annonce l&#8217;hiver, le marcheur égaré va vers une crèche au coeur d&#8217;un village. Il fut cet enfant entouré de souffles chauds, dans des bras protecteurs, courant les yeux pétillants vers des cadeaux, une espérance infinie.<br />
Chaque pas est une peine qui le rapproche et l&#8217;éloigne d&#8217;un paradis perdu. Le vent dans les ruelles ne souffle de nulle part. Il n&#8217;apporte plus les refuges passés ni les haltes de l&#8217;ailleurs, ni les parfums de l&#8217;enfance ni les invitations de l&#8217;avenir.<br />
Devant les granges les chiens aboient. Sous les toits pentus, refermés sur leur lourde porte, les gens des villages, engloutis dans un sommeil béat, sapins enrubannés et coeurs emmitouflés, au fond des lits, font des rêves.</p>
<p>&#8220;Regardez passer l&#8217;étranger<br />
Ouvrez les portes de vos maisons chaudes et claires<br />
Asseyez-nous sur vos bancs de pin<br />
Nous vous raconterons les merveilles de l&#8217;autre pays.</p>
<p>Voyez, nos ailes traînent au sol<br />
Nos plumes s&#8217;ébouriffent dans le vent<br />
La nourriture est rare et le partage absent<br />
Comme la terre est loin et la neige profonde ! &#8221;</p>
<p>Blotti dans les genoux de la grand-mère, il avait appris l&#8217;antique liturgie de l&#8217;Avent<br />
&#8220;Jésus s&#8217;habille en pauvre<br />
Charité va demander<br />
Va frapper à la porte<br />
A la porte du vieux richard &#8230; qui chasse le mendiant et sera puni,<br />
A la porte de la bonne femme &#8230; qui l&#8217;accueille et ira au paradis.<br />
Entrez, entrez brave homme &#8230;<br />
Mais sur sa route, point de réponse. Que sont devenus les anciens compagnons ? Le blizzard qui cingle le visage efface les frontières. Le ciel, bas, est plein d&#8217;âmes qui viennent à sa rencontre. Il voudrait se fondre dans la douceur du blanc, aller vers ce néant habité de toutes les existences passées qui, elles, ne se refuseront pas à son attente.</p>
<p>Douce matière offerte au tassement, au piétinement, à la souillure, la neige s&#8217;allie à la boue et garde la trace rougeâtre d&#8217;un carnage. Des ombres griffues projettent un monde trompeur sur l&#8217;empreinte profonde et dangereuse des pas. Le torrent s&#8217;est figé en larmes de glace.<br />
N&#8217;aura-t-il pour compagnon que la pierre qui dort, repère immuable, à sa juste place, ou la feuille tourmentée qui tient tête au vent ?</p>
<p>6 La révolte<br />
L&#8217;errant a repris son fidèle bâton de pèlerin. Il a mis ses pas dans les pas d&#8217;un autre errant, un musicien, son aîné de deux siècles, marchant lui aussi dans la tourmente, harcelé par une corneille criarde, traversant un ruisseau gelé et des villages hostiles dans  une solitude glacée.<br />
Une musique s&#8217;élève du rythme de son pas, qui se plaint, enrage, s&#8217;attendrit, console et berce.<br />
Un chien noir le suit, à distance. Dans son écuelle, l&#8217;eau a gelé : il n&#8217;a pas été très aimé.<br />
Marcher est le combat du vivant.<br />
Sur le monde figé, Madame Holle secoue son édredon de plumes : tout un couvain de graines dort sous la chaude couette.<br />
La bourrasque fait courir le sable de la dune en paillettes précieuses. L&#8217;une d&#8217;elles, parmi des milliers, étincelle.<br />
Les flocons révèlent leur délicate architecture et sur les vitres modestes les fleurs de givre sont des rideaux somptueux.<br />
Sur le doux mamelon le chocard a gravé son envol et le renard les étoiles de ses pattes furtives.<br />
Dans la chaleur de la meute monte le hurlement extasié d&#8217;un loup.<br />
Le sommeil n&#8217;était donc qu&#8217;un passage ?<br />
Le blanc qu&#8217;une préparation de couleurs, de neige bleue, violette, rose ?<br />
Une à une sont retrouvées les pierres qui ont dormi sous la neige. Le monde est toujours là,  et comme il est beau !</p>
<p>Grattons la neige du sabot<br />
pour trouver la clé d&#8217;or<br />
qui peut-être ouvrira la serrure secrète<br />
de la quête toujours inachevée du conte.</p>
<p>7 La consolation<br />
L&#8217;hiver a des accès de printemps. La joue est visitée par un souffle doux. Dans l&#8217;adret réchauffé le grand corbeau parade.<br />
Sur les bardeaux s&#8217;égoutte la lourde couche dans les chéneaux de bois<br />
Bientôt sur le talus rayonnera la rouelle dorée du premier tussilage</p>
<p>D&#8217;un pas alerte, curieux, le chien noir va devant. De temps en temps, il regarde en arrière puis, rassuré, continue sa route. Le soir, le voyageur se repose dans ses yeux, partage sa bouchée, dort dans sa fourrure. .<br />
Ils sont trois désormais à marcher sur le chemin de neige, des nuits bleues aux aurores blondes, le voyageur en route vers le lointain, le chien gardien, et la musique fraternelle.</p>
<p>Ceillac. décembre 2008<br />
janvier, février 2009</p>
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		<title>Parler des bêtes : le loup</title>
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		<pubDate>Sat, 08 Aug 2009 06:58:00 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Frères Loups
	Ils n&#8217;en sauront rien. Rien ne sera visible de la mutation profonde qui court sous ma peau. A peine des yeux un peu plus obliques, dans ma tignasse rousse un peu plus de poils gris, une silhouette plus ramassée, une approche plus furtive, un goût nouveau pour la nuit.
	Pas besoin de revêtir la houppelande [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Frères Loups</p>
<p>	Ils n&#8217;en sauront rien. Rien ne sera visible de la mutation profonde qui court sous ma peau. A peine des yeux un peu plus obliques, dans ma tignasse rousse un peu plus de poils gris, une silhouette plus ramassée, une approche plus furtive, un goût nouveau pour la nuit.<br />
	Pas besoin de revêtir la houppelande dépenaillée qui pend à l&#8217;entrée d&#8217;une masure, le lourd manteau de peaux pelées qui vous transforme en garou, ni de lire les grimoires conservés dans les antiques armoires des sorciers, de mâcher la tresse d&#8217;herbes magiques qui vous couvrent d&#8217;une robe hirsute. L&#8217;ensauvagement , aujourd&#8217;hui, prend d&#8217;autres chemins</p>
<p>	Je ne suis pas mort de froid sous mes cartons, par une nuit glaciale de décembre, sur la plus belle place de la plus belle ville du monde, à quelques mètres de mes semblables courant vers leurs achats de Noël. J&#8217;avais déjà quitté ce corps gelé, paisible, vite identifié, vite rapatrié: encore un de ces migrants de l&#8217;Est venu rêver d&#8217;un monde meilleur sur les trottoirs de nos villes.<br />
	Je me suis réveillé, roulé en boule comme un chien en son gîte, mes membres souples repliés sur mon centre fragile contre la fraîcheur de la nuit, des brindilles collées à ma peau, sous le ciel étoilé. La forêt m&#8217;envoie des parfums d&#8217;enfance, du temps où l&#8217;on s&#8217;enfonce dans les hautes herbes, et où l&#8217;on devine, contre son ventre, le grouillement de la vie dans la chaleur de la terre. Je sens autour de moi la présence rassurante des bêtes. La nuit est bleue, à l&#8217;orient le ciel rosit, sous des souffles doux ondulent les panaches soyeux des stipes pennées.<br />
      	Mais la même inquiétude m&#8217;étreint chaque matin: quelle faute ai-je commise? Serai-je vivant au soir de cette journée? Où me faut-il courir pour assurer ma vie? D&#8217;où viendra la menace cachée derrière chaque tronc? Car même l&#8217;humain ne survit pas sans sa meute.</p>
<p>	Je rentre au pays. Je me suis mis en route vers mes terres natales, la vieille forêt primaire de Bialowieza, là où dans le fracas des branches et les troncs pourrissants piétinent les derniers bisons à la rude toison.<br />
	Comme ma démarche nouvelle me semble légère! Je vais d&#8217;un rythme régulier, les pas dans mes pas, sentant sous mes doigts l&#8217;humus moussu, captant des résonances secrètes, laissant dans la boue ou la neige ma trace rectiligne d&#8217;étoiles éclatées.<br />
	Oreilles droites dressées, museau au vent, oeil vigilant, je hante les lisières, les carrefours, les sentes des hommes. A ce trot-là, souple et puissant, dans moins de vingt jours je serai à la maison.</p>
<p>	Le monde est ma maison. Je suis partout et invisible. Je surgis du sol, surtout de mon refuge, la vieille forêt primitive où j&#8217;ai mes demeures, où les lichens barbus s&#8217;enlacent aux mélèzes crevassés, où au creux des pins et des hêtres, comme moi fugitifs, gîtent le seigneurial pic noir et la chevêchette chasseresse, sous l&#8217;aile prophétique du grand corbeau.<br />
	J&#8217;entends crier les arbres sous le gel. Des souffles inconnus, précurseurs de l&#8217;orage et de la tempête, font hérisser ma crinière.Dans mon vaste territoire, dont je connais chaque broussaille touffue, chaque roncier impénétrable, chaque abri de rocher plat, comme un maraudeur, je rôde.</p>
<p>	Comment ai-je pu si longtemps être privé de ce monde de senteurs innombrables? A moi l&#8217;encens de la réglisse des alpages, le térébinthe des bois de  mélèzes, l&#8217;âcre absinthe des chauds adrets, le délicat arôme de vanille de l&#8217;orchis  à deux feuilles que je tâte de ma patte exploratrice, mais aussi les laissées parfumées de la fouine et du blaireau, et le délicieux crottin où j&#8217;adore me rouler pour dissimuler ma propre odeur.<br />
	Mon territoire s&#8217;agrandit des odeurs venues de loin, d&#8217;une carcasse abandonnée, de la trappe touchée par la main du braconnier. On dit que je sens mauvais. Et sur mes reposées, pour m&#8217;éloigner, certains ont répandu leur répulsif vengeur. Pourtant rien ne me tient plus à distance que la repoussante odeur de l&#8217;homme.</p>
<p>	Enfin, j&#8217;ai eu envie de montrer les dents, dans un sourire mordant, de prendre, comme une revanche, ma part du monde.<br />
	Rien mangé depuis quatre jours, car il est dur de chasser seul. Quelques colimaçons feront l&#8217;affaire. Mais je ne refuserais pas la chair rouge du chevreuil fatigué, que j&#8217;ai battu, langue pendante, à la course. Sans haine, je croiserais son regard, et dans un corps à corps où je fusionnerais avec lui, mes carnassières plantées dans sa gorge, je créerais ma vie à partir de sa mort. Je découperais la chair, et ne resterait qu&#8217;un petit tas d&#8217;os blancs, broyés, polis comme flûtes préhistoriques, quelques touffes de poils comme foin sur la neige ensanglantée, un morceau de peau lissée et un petit sabot.<br />
	Est-ce parce que, comme vous, je tue pour survivre, que je vous fais peur? Ne vous souvenez-vous plus, même si ce n&#8217;est pas la version officielle, que le Chaperon Rouge, comme toute génération nouvelle qui vient à l&#8217;existence, a dû manger mère et grand-mère?<br />
	Et je songe sans peur au jour où, fatigué de mes errances, je me coucherai  sur la terre tant parcourue, tant attendue, pour me confondre à mes herbes compagnes, dans l&#8217;explosion du printemps, et nourrir le cerf qui à son tour fera grandir la meute.</p>
<p>	&#8220;Mauvais! Voleur! Assassin! C&#8217;est le Diable en personne!&#8221;<br />
&#8220;Nous ne voulons plus de pelages bigarrés, de babines noires, de la griffe et de la dent, de rivaux venus prendre nos biens, nos femmes et nos enfants. Qu&#8217;on les mette dans des parcs, des réserves, des camps, qui dénient la loi et le droit, qu&#8217;on reconduise à leur frontière, pieds et poings liés, la bête, le fauve l&#8217;autre, l&#8217;étranger, chargés de toutes nos vieilles peurs&#8221;.<br />
	&#8220;Lieutenants de police et de louveterie, préparez vos poisons, noix vomique ou fleur d&#8217;aconit, forgez vos pièges à mâchoires d&#8217;acier, creusez la fosse tapie dans la gorge profonde, recouverte de branchages, brûlez les forêts repaires de rebelles. Nos légendes racontent la peur d&#8217;un souffle sur nos talons, la crainte de l&#8217;envahisseur. Entends-tu la battue qui te traque? Tu seras frappé à mort. Têtes et pattes clouées exposées à l&#8217;entrée du hameau. Nous ferons de ta peau un manteau&#8221;. </p>
<p>	Mais je suis un tendre! Là-bas j&#8217;avais une famille, là-bas une amoureuse m&#8217;attend.<br />
	Je connais les retrouvailles au réveil de la meute, les embrassades, les accolades, les danses, les corps joueurs frôlés, emmêlés, les coups de patte chahuteurs, les visages léchés, sur les places de rendez-vous.<br />
	Je sais l&#8217;obéissance aux règles, mais aussi l&#8217;accueil de l&#8217;errant, l&#8217;aumône d&#8217;un quartier de chasse au compagnon blessé resté au gîte, le trésor des enfants. Jamais sur une croix je n&#8217;aurais cloué mon semblable ni torturé un ennemi.<br />
	Que me manque-t-il? Les membres parcourus des frissons de la course, je rêve, traversé d&#8217;images et d&#8217;émotions, de souvenirs, mu par une pensée obscure. La langue étrangère, que vous n&#8217;avez pas comprise, ne me sert plus à rien. Dans ma gorge, un mot se noue et il en sort un cri. C&#8217;est encore un langage, mieux, une musique pleine de sens multiples à déchiffrer, un appel plaintif.<br />
	Demain, dans l&#8217;exaltation du groupe retrouvé, de la proie conquise, du territoire revendiqué, ce sera un choeur harmonieux de hurlements qui montera, fasciné, vers la lune. Tête levée, oeil fermé, visage pointé vers le ciel, bouche à peine entrouverte, je trouverai la hauteur juste et singulière dans la mélopée commune. </p>
<p>	Déjà ont volé vers moi les effluves sauvages de ma forêt natale. Déjà à l&#8217;horizon , le moutonnement des bois chevelus et les steppes ventées.<br />
	Vous ne m&#8217;avez pas encore vu, mais assis au milieu du chemin, curieux, effronté même, déjà je vous regarde de mes yeux d&#8217;or fauve. Certes, si je ne vous avais pas aperçu le premier, j&#8217;aurais perdu tout mon pouvoir. Baissez les yeux devant votre ancien maître. Détournez votre regard.<br />
	Avez-vous oublié le pacte d&#8217;alliance de nos premières chasses, où vers les proies je vous servais de guide? le chien que j&#8217;ai donné à vos enfants pour compagnon, à qui vous racontez tous les jours l&#8217;histoire de ses aïeux, pour réveiller la vie primitive en vous? Savez-vous que, dans les tombes paléolithiques, je dors avec vous, serré dans vos bras pour l&#8217;éternité?<br />
	Déjà le pays, depuis mon retour, plein de mon insaisissable présence, vous semble plus intact, a retrouvé sa sauvagerie, et vous en voilà comme fiers et réconfortés. Mon animalité vient à vous pour préserver votre humanité égarée. Assis au milieu du chemin, je vous regarde. Je cherchais votre amitié et suis comme peiné de ne recevoir aucune réponse. Partagerons-nous le même espace? Je tends vers vous ma paume&#8230;</p>
<p>	On raconte que les laissés pour compte seraient entrés en résistance, qu&#8217;ils auraient pris le maquis pour rejoindre leurs frères persécutés, qu&#8217;ils auraient déserté la forme humaine et qu&#8217;il se pourrait bien que le dernier homme soit un loup.</p>
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		<title>Parler des plantes : l&#8217;églantier</title>
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		<pubDate>Sat, 08 Aug 2009 06:44:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[Haro sur l&#8217;agourensier
1 Le feu de broussailles
L&#8217;automne a fait une flambée des mélèzes et des coulées de bronze doré ruissellent sur les draperies d&#8217;un éternel vert sombre des pins à crochets. Dans la douce lumière pailletée s&#8217;élève la fumée d&#8217;un sacrifice.
Ce n&#8217;est pas le filet blanc et âcres&#8217;exhalant des amas de fanes misérables abandonnées dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Haro sur l&#8217;agourensier</p>
<p>1 Le feu de broussailles</p>
<p>L&#8217;automne a fait une flambée des mélèzes et des coulées de bronze doré ruissellent sur les draperies d&#8217;un éternel vert sombre des pins à crochets. Dans la douce lumière pailletée s&#8217;élève la fumée d&#8217;un sacrifice.<br />
Ce n&#8217;est pas le filet blanc et âcres&#8217;exhalant des amas de fanes misérables abandonnées dans les sillons, mais les nuages sombres et boursouflés, de mauvais augure, d&#8217;un écobuage mal maîtrisé.<br />
Depuis des années, l&#8217;agourensier s&#8217;accrochait dans le talus et tendait ses tiges penchées dans un fouillis de troncs desséchés et de jeunes pousses. Dans l&#8217;abandon des prairies, le monde l&#8217;avait oublié.<br />
Le feu a été mis en son coeur. Et pour faire d&#8217;un brasier deux bûchers, sur ses branches calcinées, on a jeté pêle-mêle, compagnons d&#8217;infortune, les lambeaux de l&#8217;élagage des arbres d&#8217;un jardin voisin : les douces aiguilles rousses d&#8217;un mélèze, toute la cime feuillue d&#8217;un tremble prophétique, les grappes orangées d&#8217;un sorbier délicieux. Les voilà &#8220;raccourcis&#8221;, rajeunis dit-on.<br />
Et se rejoignent dans le tas, le domestiqué trop exubérant qu&#8217;il faut dompter après l&#8217;avoir apprivoisé, et le sauvage trop conquérant qui colonise et &#8220;ferme&#8221; l&#8217;espace et, si l&#8217;on n&#8217;y prenait garde, viendrait jusqu&#8217;à votre porte.<br />
Avec rage, chaque jour, on fait grossir le monceau de nouvelles branches, et le feu a bien du mal à réduire en cendres ces rameaux encore verts et pleins de vie.</p>
<p>2  Rosa Canina</p>
<p>Il n&#8217;est pas pour rien la &#8220;rose au diable&#8221; et &#8220;il a plus de dents que ses parents&#8221;. C&#8217;est qu&#8217;il en a des aiguillons l&#8217;&#8221;aquilentum&#8221;, l&#8217;&#8221;aiglant&#8221;, l&#8217;églantier. Et autant de noms qui fleurent bon leur province et chantent avec l&#8217;accent des villages.</p>
<p>      agourencié<br />
      éboussioulé</p>
<p>      rozette<br />
      pomponette</p>
<p>      églantin<br />
      senti-bouin</p>
<p>      grousse aronce<br />
      rose des ronces</p>
<p>      rose au coucou<br />
      rose à berger</p>
<p>      ronce au renard<br />
      épine aô loup</p>
<p>      rose sorcière<br />
      rose du tonnerre</p>
<p>A chaque Saint-Jean d&#8217;été, il pose ses bouquets naïfs aux quatre coins des champs, offrande sauvage aux bornes païennes du dieu Terme, pieux reposoirs le long des processions paysannes des Rogations.<br />
L&#8217;une après l&#8217;autre s&#8217;ouvrent ses grandes fleurs fragiles et parfumées &#8220;que nul jardinier mortel n&#8217;inventa&#8221;. Les innocentes &#8221; se contentent de cinq pétales qui savent tous les roses&#8221;, du blanc au carmin, et d&#8217;un coeur d&#8217;or de frémissantes étamines où parfois s&#8217;incruste le bijou de métal de la cétoine mordorée.<br />
Aphrodite, la déesse de l&#8217;amour, naît de l&#8217;écume de la mer qui ruisselle sur son corps en roses blanches. Mais le jeune Adonis qu&#8217;elle aime vient d&#8217;être blessé mortellement par un sanglier lancé par sa rivale. Elle court auprès de lui et, dans sa hâte, son pied piqué par une épine colore de son sang la fleur qui lui est consacrée.<br />
A peine écloses, les voilà qui déjà jonchent le chemin, images de l&#8217;existence éphémère, effeuillées sur les festins et sur les morts.<br />
Approchez sans peur de Rosa Alpina, la petite rose écarlate et secrète qui se cache au pied du Mont Viso : sa tige verte et glabre ne dissimule - ô miracle - pas même l&#8217;ombre d&#8217;un piquant.</p>
<p>3 Un nom venu d&#8217;Orient</p>
<p>Soudain, sur le bourgeon du rosier sauvage, piqué à son tour par un insecte, dans les rameaux dénudés par l&#8217;hiver, fleurit pour Noël une autre rose : une touffe hirsute, houppette de fée d&#8217;un vert rougeâtre, &#8220;pomme de rose&#8221;, &#8220;pomme mousseuse&#8221;, ou &#8220;barbe de Bon Dieu&#8221;, le bédégar ou cynips de la rose, qui a intrigué des générations de paysans et qui renferme toute une pharmacopée contre verrues et mal de dents.<br />
Plus d&#8217;un charretier faraud en a orné le manche de son fouet, et maint curé désargenté en a fait son goupillon ou l&#8217;a serré au fond de sa poche en précieux viatique.</p>
<p>4 Les trésors de la haie</p>
<p>Les enfants des campagnes anciennes, coureurs de &#8220;bouchures&#8221;, de ronces et d&#8217;orties, révéraient les merveilles de la haie. Depuis des siècles mêmes jeux et provende de petits paysans chasseurs-cueilleurs.<br />
Quatre grosses épines triangulaires plantées sous le ventre rebondi du cynorhodon orangé, et voici un &#8220;petit cochon gras&#8221;, assorti d&#8217;une devinette mystérieuse :<br />
&#8220;Il est pendu par la queue<br />
Il est tout rouge<br />
Il a un petit chapeau noir sur la tête<br />
Vous passez à côté de lui. Il ne vous dit ni bonjour ni bonsoir&#8221;.<br />
Les &#8220;cenelles&#8221; de la généreuse nature parent les filles de colliers bon marché et de boucles d&#8217;oreilles d&#8217;un jour. Les garçons, dans leur cou, jettent les soies raides des &#8220;gratte-culs&#8221;.<br />
Alors la campagne regorgeait de ressources :<br />
les boutons de soldat de la bardane nous couvraient de décorations, les baguettes de coudrier se courbaient en arcs de Robin des Bois. Sur le dos de la main claquait le calice du silène en pétarade bien inoffensive. Et nous osions mordre, même avant le gel, la prunelle violette de l&#8217;épine noire, à la chair verte et si âcre qu&#8217;elle nous &#8220;déchaussait&#8221; les dents.</p>
<p>5 Faire propre</p>
<p>Mais qui se souvient de la &#8220;plante compagne&#8221; ?<br />
Il faut faire propre : goudron, béton, c&#8217;est la consigne. Après les haies elle gagne la forêt : on étête la cime, on ébranche la base. on laisse au pied du tronc le tas de ramures des arbres tailladés.<br />
Où sont les belles clairières jonchées d&#8217;aiguilles rousses où, sous la voûte protectrice des branches basses, les casse-noix venaient, tranquilles, décortiquer leurs cônes ? Les cembros multicentenaires dressent en plumeau leur cime, amputés de leurs bras qui ne repousseront pas.<br />
Courage, débroussailleurs et tronçonneurs ! Bientôt le chemin champêtre qui grimpait comme une allée de Paradis à travers les prairies, asphalté, sera livré aux engins motorisés. Déjà un piquet fluorescent, jalon des futurs arpenteurs, pointe au milieu des derniers sainfoins.<br />
O rosa canina, que l&#8217;on dit remède pour les chiens, puisses-tu, en bonne médicinale, guérir ces nouveaux enragés ! </p>
<p>6 L&#8217;hôte de l&#8217;églantier</p>
<p>Son roncier familier, poussé au pied du gros gabbro, le retrouvera-t-elle, à son retour périlleux des savanes africaines, la fière pie-grièche au masque noir de Zorro, sentinelle impassible au sommet de l&#8217;épine, veillant sur un royaume strident de guêpes et de bourdons tapi au coeur des hautes herbes ?<br />
De quel poste de guet lancera-t-elle ses ksché-ksché durs et discordants, trémoussant sa queue de coups secs et nerveux, offrant en parade sa poitrine rose ?<br />
Où sera-t-il construit son gros nid de ramilles et de racines, sans le fouillis inextricable et protecteur du buisson ?<br />
Les mille fleurs de la prairie naturelle laissent place à l&#8217;insipide luzerne, et l&#8217;arbuste où le faucheur au frais cachait sa fiasque gêne les lames profondes du tracteur.<br />
Si pour le peuple migrateur , habitat et nourriture viennent à manquer, verrons-nous revenir nos voyageurs ? </p>
<p>7 Le rosier des poètes</p>
<p>Apporté par le bec gourmand d&#8217;une grive, un sauvageon est venu à ma porte. Je ne le chasserai pas et il ne deviendra pas porte-greffe d&#8217;une rose sophistiquée. Il m&#8217;a donné une famille de vingt fleurs diaphanes chaque jour renouvelées, et vingt baies succulentes que se disputeront cet hiver les merles affolés.<br />
Il protège mon seuil de la fièvre et des enchantements.<br />
J&#8217;aime imaginer à sa ressemblance la chaumière de Sylvie, &#8220;sa fenêtre où le pampre s&#8217;enlace au rosier&#8221;, où le héros du poète Gérard de Nerval, guidé par ses souvenirs et son rêve, retrouve la petite paysanne &#8220;aux traits rosés&#8221;, qui connaissait si bien les vieux airs du Valois qui ont bercé son enfance :  </p>
<p>      &#8220;Dessous le rosier blanc<br />
      La belle se promène<br />
      Blanche comme la neige<br />
      Belle comme le jour<br />
      Au jardin de son père<br />
      Trois cavaliers l&#8217;ont prise&#8230;&#8221;</p>
<p>Ceillac. Automne 2008</p>
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		<title>parler des pierres : le clapier</title>
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		<pubDate>Sat, 04 Jul 2009 08:46:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;esprit du clapier
	Ils venaient de l&#8217;orient, poussés par la faim, le nombre ou l&#8217;aventure, peuples lancés, il y a des milliers d&#8217;années, sur les routes de l&#8217;ouest, dans une lente conquête des terres riches et vides de l&#8217;Europe.
	Au bout du monde, devant l&#8217;océan, ils s&#8217;arrêtèrent. L&#8217;au-delà ne pouvait être qu&#8217;un abîme, interdit aux humains.
	Dans la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;esprit du clapier</p>
<p>	Ils venaient de l&#8217;orient, poussés par la faim, le nombre ou l&#8217;aventure, peuples lancés, il y a des milliers d&#8217;années, sur les routes de l&#8217;ouest, dans une lente conquête des terres riches et vides de l&#8217;Europe.<br />
	Au bout du monde, devant l&#8217;océan, ils s&#8217;arrêtèrent. L&#8217;au-delà ne pouvait être qu&#8217;un abîme, interdit aux humains.<br />
	Dans la traversée des montagnes roulaient sous leurs pas les galets et les cailloux, comme roulaient dans leurs bouches les racines monosyllabiques de langues inconnues, voyelle claire enrobée de consonnes sonores, qui résonnent encore dans les noms des sommets et des villages:<br />
	cair  des cairns et du Queyras,<br />
	cam de Champsaur et Chambeyron,<br />
	can de Chantemerle et Chanteloube,<br />
	cal du caillou, du calcaire et des mains calleuses,<br />
	clap des clapiers, Clapière, Clapouse et Clapeyto.</p>
<p>	Ces premiers explorateurs, fascinés par les hauteurs, repères dans leur course ou domaine des dieux, nommèrent le rocher aride qu&#8217;il fallait franchir, les arches, les aiguilles, les crests, les brics, les soums. Ils nommèrent truc la roche enfouie qu&#8217;ils retiraient du sol pour le défricher. Et en un temps où le mot par sa sonorité était le reflet de la chose, ils se nommèrent eux, premiers habitants d&#8217;un pays où la pierre est partout présente, les Quariates, issus de la pierre.</p>
<p>	Dans sa descente depuis les pics, le glacier avait poussé devant lui les moraines enrobées dans le limon argileux, puis les avait déposées dans la plaine, polies, striées par le grand brassage, rencontrant l&#8217;obstacle d&#8217;un gros bloc erratique qui monte encore la garde.<br />
	Les avaient rejointes leurs soeurs dévalant des sommets, arrachées au rocher, érodées par la neige et le vent: les calcaires gris et les tufs jaunâtres, poreux et légers , dont s&#8217;élèveraient les clochers élancés, et, charriés par les torrents, des morceaux de montagne, schistes, serpentine  d&#8217;un vert de mer et marbre rose, jaillis des anciens volcans ou fruits des sédiments de l&#8217;océan primitif., qui gardent dans leur corps figé les veines, les plis, les souvenirs des métamorphoses profondes.<br />
	Quand la chaleur revint sur la terre et que les nomades curieux montèrent vers les sommets conduisant leurs troupeaux vers de nouveaux alpages, quel berger inventeur voulut le premier cesser d&#8217;errer, rester dans un vallon hospitalier, quelle femme pressentant les jardins chercha un coin de terre fertile dans la pente la moins rude, en arracha un premier caillou, puis un autre, pour y déposer les graines encore sauvages et en surveiller la croissance au pied de son abri? Geste familier du jardinier qui s&#8217;étonne, après avoir tant de fois retourné la terre, de trouver toujours, au bout de la dent d&#8217;acier, la résistance de la pierre. Car comme les ossements des morts remontant des profondeurs, inépuisablement les pierres surgissaient du sol pour le travail sans fin de Sisyphe paysan, et des mains laborieuses de femmes et d&#8217;enfants, d&#8217;année en année, deux mille ans peut-être, construisaient le tas ancestral.</p>
<p>	Aujourd&#8217;hui, dans les pentes abandonnées aux abords des villages, aux terrasses herbeuses horizontales figurant l&#8217;escalier gigantesque des anciennes cultures, s&#8217;opposent les zébrures verticales d&#8217;un blanc grisâtre, en mamelons adoucis, des éboulis construits, séparant les minuscules parcelles.<br />
	Adossés à un bloc ou à un muret grossier, humbles édifices non recensés par l&#8217;histoire, ils soulèvent leur dos bossu de dinosaures émergeant des sables. Sous la pluie leur corps est d&#8217;un sombre menaçant, cuir de rhinocéros gris et tanné par le soleil et les neiges.<br />
	A l&#8217;intérieur, leur ventre chaud et doux de calcaires blancs et roses s&#8217;offre comme une peau qui n&#8217;a jamais vu le soleil.<br />
	Parfois plantés d&#8217;un arc-en-ciel qui,  d&#8217;un bond, les relie à l&#8217;autre versant; un pied dans le clapier, l&#8217;autre dans le torrent.</p>
<p>	Gardien de la mémoire du faucheur, le clapier, deux mille ans durant,a vu, un matin choisi de chaque mois de juin, ni trop tôt ni trop tard, quand les hautes herbes se balancent, que les dactyles pelotonnés égrènent leur pollen et fument, tout le village fauchant ensemble pour ne pas endommager la récolte.<br />
	Au printemps les enfants avaient ramassé dans les paniers de bois et porté sur les tas séculaires les pierres qui ne doivent pas ébrécher le fil aigu de la faux.<br />
	Le faucheur avance à larges enjambées, tenant fermement la faux à manche de frêne, les andains tombant des deux côtés l&#8217;un après l&#8217;autre. Il garde à la ceinture dans le couhier la pierre lombarde au grain fin dans sa réserve d&#8217;eau. Sur l&#8217;enclumette, en la martelant, il rendra son tranchant à la lame émoussée.<br />
	Du col des Estronques, après l&#8217;avoir épierré, a-t-on rapporté jusque dans les fustes de l&#8217;alpage, sur les mules au pas assuré dans le sentier tortueux, les trousses de foin au parfum d&#8217;aster et de joubarbe?<br />
	Un jour, la &#8220;vieille feau rompue&#8221; sera abandonnée à la rouille et rejoindra l&#8217;ocre des pierres et des lichens. Veilleur des vestiges dédaignés, le clapier absorbera des siècles durant dans sa carapace bienveillante, le fragment de fonte d&#8217;une marmite, le tesson de terre cuite d&#8217;un vieux poêlon, le barbelé rouillé où se perche l&#8217;oiseau venu d&#8217;Afrique.<br />
	Parfois, comme les rochers s&#8217;ouvrent, disent les légendes, pour révéler un trésor caché, l&#8217;amas anonyme des pierres recèle, plus profond, l&#8217;enclos primitif du tumulus sacré où dort le chef d&#8217;une tribu ancienne, bardé pour l&#8217;au-delà de torques de bronze, allongé entre les lauzes dressées, dans le ventre de la terre.</p>
<p>	Gros oeufs couvés par le soleil de l&#8217;été, les pierres chaudes font jaillir de leur croûte stérile une explosion de vie.<br />
	Je marche sur le tapis carmin des orpins blancs succulents, les sedums soufre et les joubarbes pourprées, comme en une allée de triomphe, le chemin de ronde d&#8217;un fier château ruiné, un jardin alpin à tous vents.<br />
	Aux quatre coins rayonnent les touffes des centranthes roses, que butine, de son vol lourd, l&#8217;Apollon ocellé né ce matin, et se courbent les longues graminées soyeuses où se love, vers le soir  l&#8217;azuré bleu céleste.<br />
	Un grand tapage de criquets fait vibrer la prairie qui ondule. La rumeur des abeilles monte des touffes de thym.<br />
	Il faut venir à l&#8217;aube pour surprendre, proclamant son territoire à la pointe d&#8217;un bloc, le petit tarier des prés, qui a son nid à deux pas, au ras du sol dans le fouillis herbu d&#8217;un pas de vache, ou le rare merle de roche à la livrée de lichen orangé et de ciel bleu.<br />
	Combien de générations d&#8217;oiseaux se sont-elles posées quelques instants  sur ce perchoir favori, pour que le lichen patient, nourri de leurs déchets et des sucs de la pierre, franchisse les quelques millimètres de sa croissance annuelle, jusqu&#8217;à  former cette tache orangée qui éclate sur la grisaille du rocher?<br />
	A l&#8217;ombre, dans ses replis, se blottit la craintive vipère aspic et parfois, suspendue à la voûte de sa grotte, une chrysalide qui attend son heure.</p>
<p>	Oeuvre des hommes mais fondus dans la nature, éboulis naturels de la montagne ou pyramides des humbles, l&#8217;oeil hésite à nommer vos formes mais sent avec vous une proximité confuse.<br />
	Pierres vivantes, refermées sur votre silence, lourdes de mémoire muette, rivées à la terre, sous le soleil qui vous cuit ou le gel qui vous fend, pauvres cailloux des chemins aux corps uniques, à l&#8217;histoire singulière, un désir vous anime, une nostalgie vous émeut, de votre ancien lien à la race des hommes, quand vous voyez certains soirs, les ombres de Deucalion et Pyrrha, seuls survivants, marcher sur les terres lavées par le déluge, jetant derrière leur dos, sur le conseil des dieux, &#8220;les os de leur Grande Mère&#8221;, c&#8217;est à dire les pierres, d&#8217;où surgiront les nouveaux enfants de la terre.</p>
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